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Une distinction

27 septembre 2009 4 commentaires

gjPas de question plus difficile, plus compliquée, et finalement plus douloureuse que celle qui concerne l’organisation des systèmes éducatifs. Encore faut-il souligner que celle-ci n’incombe ni aux professeurs, ni aux parents d’élèves, et encore moins aux élèves eux-mêmes. Elle relève de la responsabilité des administrations d’état, qui s’en débrouillent comme elles peuvent, les pauvres!

Sans doute n’est-il pas inutile que les principaux intéressés donnent leur sentiment quelquefois, et éclairent – ou tentent d’éclairer ainsi les décisions des politiques. Mais ces décisions devront être prises en fonction de bien d’autres considérations qui nous échappent. Et je n’en conclus nullement que les acteurs directs des systèmes éducatifs doivent s’abstenir de s’exprimer, mais seulement qu’il serait sage qu’ils le fassent de leur propre point de vue, qu’ils aient à cœur de témoigner de leur propre expérience de la manière la plus honnête et la plus précise, sans trop se préoccuper de savoir si leur témoignage « va dans le bon sens » (comme on disait à l’époque stalinienne) ou dans celui qui ne le serait pas.

Aussitôt qu’il s’agit de l’école, c’est l’esprit de sérieux qui domine, hélas! On parle d’égalité, de droits et de devoirs. Tandis que dans les cours de récréation, dans les couloirs de collèges et devant les tableaux noirs, les vraies questions qui se posent sont celles du désir, de la dépression et de la joie.

Georges Juttner, pédopsychiatre, psychanalyste et président de l’association Ars legendi, est l’un des rares professionnels que je connaisse à parler de l’école et dans l’école avec humour, en se préoccupant d’abord du bien-être de l’enfant à l’intérieur du groupe, et à aborder toujours la question des apprentissages sur le versant du jeu.

Il s’adresse aux professeurs et aux parents de telle manière que ceux-ci se sentent quelque peu déchargés du terrible poids de culpabilité qui leur incombe. Et, à tous les coups, c’est l’enfant le plus fragile, le plus souffrant, qui tire avantage de cette opération!

Ceci pour dire que le nouveau ministre, Monsieur Luc Chatel, a été bien inspiré de nommer notre ami au grade de chevalier dans l’ordre des Palmes académiques, consacrant ainsi son « engagement remarquable au service de l’Education nationale ».

C’était en date du 4 septembre. Et Monsieur Chatel agissait sur proposition de son prédécesseur.

Toutes nos félicitations au récipiendaire – mais aussi à celui qui le reçoit!

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Une menue et paisible révolution

aliceNotre équipe a beaucoup et bien travaillé durant cette année scolaire 2008-2009, et elle s’apprête à profiter de quelques vacances. Mais avant d’y goûter, je voudrais vous entretenir d’une menue et paisible révolution qui s’est opérée, dans la conduite de nos ateliers, au cours de ces derniers mois, et qui se confirmera dans les rendez-vous à venir.

Une particularité remarquable de nos stages consistait, depuis toujours, à accueillir des enfants d’âges et de niveaux scolaires très différents. Les visiteurs étaient ravis et amusés de voir des élèves de collège servir de mentors à de très jeunes, qu’ils entraînaient à déclamer avec eux des poèmes et des contes. Par habitude, pourtant, nous ne confondions pas les ateliers destinés aux enfants et ceux qui concernaient la formation des adultes.

Or, cette séparation aujourd’hui s’efface.

Ceux qui découvrent la méthodologie Voix Haute ont besoin sans doute qu’on leur en expose les principes. Mais ils ont besoin surtout de la voir mise en œuvre, et de s’y essayer aussitôt que possible.

Voix Haute est voué au partage et à la transmission. L’apprentissage et la formation sont des notions annexes, dont nous pourrions aussi bien nous passer. On apprend et on se forme en entrant dans le groupe, en observant les autres, en les écoutant exposer des principes et raconter des histoires (nous sommes riches d’anecdotes), en s’occupant de technique (il y a des fils, des claviers et des écrans partout), en faisant tourner un Moulin à paroles, en allant chercher un café, en s’attardant à bavarder avec un père égaré dans un couloir, en dirigeant un quatuor, en recherchant une vidéo sur YouTube ou une musique sur Deezer, en feuilletant un livre illustré par Claude Ponti ou Tomi Ungerer.

Voix Haute réunit des sujets. Enfants et adultes – parents, professeurs, psychologues, orthophonistes, animateurs associatifs et étudiants. Tous volontaires et librement admis.

Dans un atelier Voix Haute, l’idée de « retard scolaire » n’a plus cours. Le seul ordre qui s’impose est celui du langage – « mets les mots à leurs places, choisis-les aussi bien que possible, ne les laisse pas se confondre, prononce-les avec soin: ils sont précieux! »

Michel Roland, qui est l’un de nos administrateurs, m’a fait découvrir voici peu cette citation de Simone Weil qui pourrait définir l’esprit que nous cultivons. Elle dit:

L’intelligence ne peut être menée que par le désir. Pour qu’il y ait désir, il faut qu’il y ait plaisir et joie. L’intelligence ne grandit et ne porte de fruits que dans la joie. La joie d’apprendre est aussi indispensable aux études que la respiration aux coureurs. Là où elle est absente, il n’y a pas d’étudiants, mais de pauvres caricatures d’apprentis qui au bout de leur apprentissage n’auront même pas de métier [+].

Si vous voulez lire avec nous, merci de noter nos trois prochains rendez-vous:

  • Vendredi 7 août, à l’école du Château. Rencontre sur Les outils Voix Haute [+].
  • Lundi 24-vendredi 28 août, au collège Don Bosco. Stage La balle au bond (B@B) [+].
  • Samedi 29 août, au collège Don Bosco. Rencontre: « C’est la rentrée » [+].

Christian Jacomino

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