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Français. Etude de la langue au CE1

15 juin 2009 1 commentaire

manuel_Je lisais ce matin, sur le site d’Infobourg, l’annonce selon laquelle: « Le gouverneur de la Californie, Arnold Schwarzenegger, veut remplacer les manuels scolaires traditionnels par des manuels numériques gratuits et libres de droits [+] ». Comment ne pas se réjouir d’une telle audace, et ne pas souhaiter qu’elle soit vite imitée? Les manuels numériques présenteront d’innombrables avantages, au premier rang desquels celui de ne pas peser lourd dans le cartable des élèves. Mais il en est un autre qui me paraît précieux. C’est que chacun de ces ouvrages immatériels ne manquera pas d’apparaître comme un work in progress, ouvert à toutes les critiques, à tous les débats, à toutes les suggestions, susceptible d’être révisé et amélioré à l’envi.

J’y songeais, deux heures plus tard, en feuilletant le manuel de Français. Etude de la langue, CE1 publié par Michelle Sommer et Jean Flaven chez Belin. Un joli livre, à la couverture souple, qui traite de grammaire de façon modeste mais assez systématique pour répondre à l’exigence des nouveaux programmes (2008). Les partisans de l’ORL (Observation Réfléchie de la Langue), dont je suis et demeure indéfectiblement, ne trouveront pas inutile d’acquérir une petite série de cet ouvrage, qui leur servira de guide (ou de référence), et dans lequel les parents auront plaisir à muser et méditer avec leurs enfants.

Une erreur et une maladresse m’ont pourtant sauté aux yeux, assez agaçantes pour que l’on souhaite qu’elles soient vite corrigées.

L’erreur touche à la phonologie. On lit, encadré au haut de la page 24, que « Le son [an] s’écrit généralement an ou en: la tante, le vent« , tandis que « Le son [ane] s’écrit ane ou anne: la cabane, la panne« , de même que « Le son [ame] s’écrit ame ou amme: la lame, le gramme« . Une telle erreur est troublante. Lorsqu’on parle de « son » à l’école, c’est bien dans le sens de phonème. Et cela, dès la grande section de maternelle où il est important de pouvoir disposer d’un vocabulaire assez précis pour évoquer (sinon décrire) la forme orale des mots [+]. Or, la suite des trois lettres mises en gras dans le mot « cabane » ne correspond ni à une syllabe (« ca-bane »), ni à un phonème. La forme orale du mot « an » (dans « C’est le jour de l’an ») ne compte qu’un seul phonème (ce qui revient à dire qu’elle se code avec un seul signe de l’API), tandis que la forme orale du mot « âne » en compte deux, incontestablement. Et cette erreur est d’autant plus troublante qu’elle se rencontre dans un manuel cosigné par Michelle Sommer, qui cosigne chez le même éditeur la Méthode de lecture. Léo et Léa à laquelle je consacrais un billet récent [+]. Or, ladite méthode repose sur l’utilisation d’un codage des graphèmes en trois couleurs, selon qu’ils correspondent à un phonème vocalique (en rouge), à un phonème consonnantique (en bleu), ou à aucun phonème (en gris). Ce qui revient à dire que dans Léo et Léa, le mot « an » devrait se coder « an« , tandis que le mot « âne » devrait se coder « âne« .

La maladresse touche au vocabulaire. La page 189 du même manuel s’intitule « L’origine des mots ». Elle propose une liste de 54 mots venus d’ailleurs. Parmi eux, 41 sont notés comme empruntés à l’anglais ou à l’américain (pour klaxon). Un seul est noté comme emprunté à l’arabe, et il s’agit d’alcool. Ce choix m’a surpris et fait rouvrir l’ouvrage d’Henriette Walter consacré à L’aventure des mots français venus d’ailleurs (Robert Laffont, 1997). Je vois qu’on aurait pu ajouter (ou préférer) à alcool, par exemple, abricot, algèbre, artichaut, bazar, chiffre, girafe, magasin, zéro.

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Léo et Léa

Vous aurez sans doute du mal à me croire, mais je ne connaissais pas Léo et Léacp1-2009, la célèbre méthode de lecture proposée par Thérèse Cuche et Michelle Sommer chez Belin. Il a fallu que l’autre jour, dans la cour de l’école, une collègue me montre un exemplaire de la nouvelle édition (Programmes 2008), en me disant: « Regarde les lettres coloriées… N’est-ce pas un peu ce que tu fais? » J’ai ouvert le petit livre et j’ai reconnu qu’en effet, la colorisation des mots est tout à fait similaire à celle que je propose, la seule différence résidant dans la répartition des mêmes couleurs: dans Léo et Léa, les graphèmes voyelles sont en rouge et les consonnes en bleu, tandis que c’est l’inverse dans mon propre syllabaire, avec en outre les graphèmes muets en gris chez Léo et Léa et en jaune chez moi.

Et cela m’a paru tout de suite sympathique… Les Moulins à paroles (m@p) ont pu montrer, tout au long de l’année scolaire qui s’achève, leur efficacité pour un apprentissage suivi dans un cadre scolaire (j’avais une classe de CP-CE1, et j’aurai la même l’an prochain), il n’en reste pas moins que les enfants et leurs parents aiment les livres, qu’ils sont très demandeurs de la commodité et de la sécurité qu’apporte un manuel bien fait, ce qui n’est bien sûr pas pour me contrarier. On ne travaille pas sur écran pour décourager du livre, mais au contraire pour en raviver le désir. Voici plusieurs années que je demande à Super Gafi de remplir cet office, et j’avais envie de changer un peu de boutique. Or, je ne voyais rien de vraiment convainquant à proposer. Si bien que l’idée de leur distribuer ce manuel tout léger, tout carré, m’a réjoui. J’ai dit à ma collègue: « Voilà ce qu’il me faut! » En réponse à quoi, celle-ci m’a affirmé qu’il lui plaisait aussi, mais que je ne devais pas ignorer les rudes critiques dont il a fait l’objet, en particulier de la part d’Eveline Charmeux. « Ah! Eveline Charmeux!… », ai-je répondu. Et mon réflexe a été de serrer aussitôt le livre sous mon bras, comme par souci de protéger ces malheureux enfants dessinés en couverture.

Depuis, je suis rentré chez moi et j’ai interrogé Google grâce à quoi j’ai pu lire à mon tour l’article de Charmeux que je vous invite à retrouver ICI. Dire qu’il n’y a rien à retenir dans la longue suite de critiques énoncées serait faux. Mais il se trouve que le ton sur lequel ces critiques sont exprimées est proprement insupportable. Je ne parviens pas à comprendre par quel prodige une partie de la population française se croit toujours autorisée à faire la morale. Et je souffre de remarquer que, parmi les donneurs de leçons, se trouvent beaucoup de professeurs.  Est-ce une déformation professionnelle? Ou faut-il croire qu’ils sont devenus professeurs parce qu’ils étaient déjà donneurs de leçons, et qu’ils rêvaient d’être payés par l’état pour satisfaire leur passion? Le fait est qu’E. Charmeux appartient à cette cohorte. Elle ne discute pas sans ironiser. Ceux qui suivent une autre voie que la sienne ne peuvent que se tromper. Et s’ils se trompent, c’est qu’ils ont négligé de relire les articles qu’elle a écrits, les notes qu’ils devaient prendre pendant les cours qu’elle a faits. Ce qui ne l’empêche pas de se livrer elle-même à d’ahurissantes approximations.

Un exemple. L’auteur écrit (à propos de la colorisation des lettres): « Le problème, c’est que la lecture étant une activité visuelle, la prononciation n’est guère primordiale (on peut très bien comprendre des mots qu’on ne sait pas prononcer, dans le romans russes, par exemple). » Notez comme ceci est dit avec autorité. Or, c’est inexact. Un enfant non-francophone, qui n’aurait jamais entendu le mot « femme » ou le mot « monsieur », ou qui, les ayant entendus, ne les aurait pas identifiés à l’oral, ne pourrait pas les lire, c’est-à-dire en restituer la forme orale à partir de la forme écrite, ni en aucune façon les reconnaître. Et s’il ne les reconnaît pas, comment pourrait-il les « comprendre » [+]? La « prononciation » (ie forme orale) est donc bien primordiale. D’abord parce que, dans le système alphabétique, la forme écrite code la forme orale. Ensuite parce que, dans l’histoire de chaque locuteur, pour le langage courant, la forme orale du mot est mémorisée (et, avec elle, le concept) avant que la forme écrite ne soit découverte et ne lui soit rapportée.

Un autre exemple. L’auteur déclare que « savoir lire, c’est savoir se servir des écrits pour mener à bien ses projets. » Personne ne l’avait encore dit comme cela, aucun spécialiste des pratiques de lecture, aucun historien, aucun anthropologue n’y avait seulement songé, mais E. Charmeux nous l’affirme. Là encore, tout est dans le ton, le mieux choisi – notez-le – pour impressionner des étudiants ou de jeunes professeurs, avides d’enseigner (enfin) autrement, de rompre (enfin) avec la tradition! Mis à part quoi, la définition que l’auteur donne de la lecture ne prend pas en compte celle du roman, ni celle de la poésie…

Mais le principal est ailleurs. E. Charmeux argumente comme si Léo et Léa était fait pour remplacer tous les autres livres qu’un maître de CP peut et doit utiliser dans sa classe. Et comme si ce maître, pas encore éclairé par E. Charmeux,  était assez sot pour le croire… Alors, donc, rappelons-le: Léo et Léa ne remplace pas les albums, ni les anthologies de poèmes, ni les livres audio… ni surtout les Moulins à paroles (m@p) :-)…

Vous avez compris que je l’utiliserai l’année prochaine, et que je vous en donnerai des nouvelles.

Voir aussi

  • La forme des mots, en particulier ce commentaire.
  • Sur ce catalogue, l’article intitulé Apprendre à lire en français ainsi que les différents documents sous-titrés La forme des mots.
  • La discussion concernant le présent article sur le Forum des enseignants (site de l’éditeur).
  • Le facilalire de Francis Ribano.
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