Accueil > La Lettre de VH > Le devoir d’être heureux

Le devoir d’être heureux


Quand je parviens à échapper à l’engrenage des passions et des mots, je suis heureux et, par là, je fais mon devoir. Il s’agit, tout d’abord d’un devoir envers moi-même. En étant heureux, je domine mes passions, je m’affranchis, je préserve en moi le sujet libre qui fonde toute perspective éthique. Mon devoir n’est pas énoncé dans des morales complexes. Il n’est pas dans le détail. Mon devoir est à la fois plus simple et plus grand que cela. Il s’agit d’être un homme, donc d’être libre, donc d’être heureux.
C’est aussi un devoir envers autrui qui est ainsi accompli quand je suis heureux. Mon bonheur est un modèle et un encouragement, et il évite aux autres le malheur que leur causerait le spectacle de ma peine.

JACOMINO (Baptiste), Apprendre à philosopher avec Alain, Ellipse, 2010, p. 57. ISBN 9 782729 852153.

Achetez ICI.

Publicités
Catégories :La Lettre de VH Étiquettes : ,
  1. Raymonde
    27 décembre 2009 à 10:22

    Un beau texte pour une morale « provisoire » c’est-à-dire pour toute une vie.
    A méditer le matin et à ruminer dans la journée : »Il s’agit d’être un homme, donc libre, donc heureux », « Mon bonheur … évite au autres le malheur que leur causerait le spectacle de ma peine »
    Pour commencer, je vais, dès cet après-midi, aller voir les peintures hollandaises exposées au musée Jacquemart André, et demain, acheter le livre de Baptiste

  2. 27 décembre 2009 à 13:05

    Un beau texte. Est-ce de Baptiste ou une citation d’Alain? Me rappelle une exégèse talmudique de la Genèse où il est dit qu’il est du devoir de l’homme de jouir des fruits des arbres non défendus du jardin d’Eden. Néanmoins l’idée de « devoir de bonheur » me gêne beaucoup: elle ajoute au malheur l’idée d’une faute morale qui ne devrait s’attacher, éventuellement, qu’à la complaisance au malheur.

    Ce matin je lisais, un peu par hasard, dans les carnets de Simone Weil, une (autre) disciple d’Alain:
    « Il faut s’efforcer d’éviter le malheur, seulement afin que le malheur qu’on rencontre soit parfaitement pur et parfaitement amer.
    Il faut s’efforcer d’éviter le malheur d’autrui pour que le malheur d’autrui soit pour nous du malheur pur et amer. »

    • 27 décembre 2009 à 14:38

      @Cercamon Le texte est de Baptiste qui paraphrase Alain… Quant à moi, j’ai choisi ce fragment d’abord parce qu’il m’évoquait la belle formule de Wittgenstein selon qui « La philosophie est une lutte contre la manière dont le langage ensorcelle notre intelligence ».

  3. bapjac
    27 décembre 2009 à 14:52

    @Raymonde. De bonnes résolutions avant l’heure! Il faudra que j’aille voir cette expo.
    @Cercamon. Chez Alain, le malheur n’est-il pas toujours une certaine complaisance au malheur? Le bonheur n’est pas un objet dans une vitrine. Si je ne l’ai pas, c’est que je ne me suis pas bien dressé moi-même.

  4. 27 décembre 2009 à 15:50

    En echo à la citation talmudique de Cercamon me revient un autre passage talmudique qui dit que chacun sera redevable devant Dieu des plaisirs qu’il n’a pas su prendre au moment où ils se présentaient; ça colle pas mal avec mon idée personnelle du bonheur…
    Et félicitations à Baptiste pour son livre !

  5. 27 décembre 2009 à 18:22

    @bapjac: je ne connais pas assez Alain pour répondre à la question mais quant à moi je ne peux pas croire que le malheur soit toujours une complaisance au malheur. Je crains bien que le malheur existe, comme existe la complaisance au malheur qui ne se confond pas avec lui (et à vrai dire je ne comprends pas bien la proposition: « le malheur n’est-il pas toujours… »). Et quant au bonheur, je ne l’ai jamais reçu que comme un don, pour quoi je n’ai d’autre mérite que de ne m’être pas empêché de le recevoir (ce qui colle en partie avec ta proposition) – encore que je ne parle que d’états heureux, parce que le bonheur, je ne sais pas trop ce que c’est sinon au sens des Grecs, de Solon en face de Crésus, quelque chose comme un bilan fait à la clôture de l’exercice (et cette conception je n’y adhère pas – mais la réponse de Solon était critique).
    Il me semble (d’où ma réticence) qu’il y a dans la prétention au bonheur, toujours quelque exhibition de richesse, richesse économique (comme dans le cas de Crésus) ou richesse morale, quelque pharisaïsme (au sens, dangereux, de l’évangile).
    @Dvorah: le passage que j’ai vaguement en mémoire est peut-être le même que le tien, en tous cas c’est exactement de ça qu’il s’agit.

  6. benne
    29 décembre 2009 à 16:41

    Ce texte est magnifique et reprend dans des termes élégants ma définition du bonheur. Mais seulement certaines personnes n’aiment pas les gens heureux car ils les trouvent suffisants et arrogants ce qui est dommage. Souvent sous des façades de gens heureux nous avons des vrais douleurs car certaines personnes qui travaillent auprès des enfants ou auprès des personnes âgées font bonnes figures pour leur entourage.
    Merci pour ce texte et bonnes fêtes de fin d’année.

  1. 27 décembre 2009 à 13:27

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :