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Assumons de transmettre


L’une des questions qui revient le plus souvent dans les sessions de formation est celle de savoir comment je choisis les poèmes sur lesquels je travaille et qui se trouvent enfin proposés au catalogue de m@p. Je réponds alors que j’ai commencé à sélectionner des textes pour mes élèves au tout début de ma carrière d’instituteur, au milieu des années 70, à une époque où nous ne disposions pas de photocopieuses et encore moins d’ordinateurs, et que, depuis, je n’ai jamais cessé.

Que chaque texte qui se trouve proposé au catalogue des m@p a été testé, expérimenté, des dizaines de fois dans des classes dont j’étais l’instituteur, et que je peux attester par conséquent qu’ils parlent aux élèves de l’école primaire. Qu’ils sont ajustés à leur voix, à leur entendement, et surtout à leur imaginaire.

Et j’ajoute que le choix que je fais reprend pour l’essentiel une vieille tradition scolaire dont je suis héritier. Que je n’ai pas inventé de choisir, de Victor Hugo, Demain, dès l’aube…, ou Choses du soir. Que je n’ai même pas inventé de choisir, dans Choses du soir, ces trois strophes que je retiens parmi les autres qui sont toutes absolument merveilleuses mais que je recommande d’aborder dans un deuxième temps, quand les enfants sont déjà entrés dans l’univers que le poème leur décrit, qu’ils ont déjà un peu apprivoisés les grands loups moroses que la faim fait rêver.

Et je vois bien que certains des jeunes professeurs ou animateurs auxquels je m’adresse font la moue. Hochent la tête. Se retiennent de dire. Et il faut que je leur souffle: « Mais enfin! pourquoi ne pas laisser l’enfant libre de son choix? Pourquoi restreindre sa liberté en choisissant à sa place? »

La réponse à cette question est que, dans un monde idéal, il serait préférable peut-être qu’un enfant de 8 ans se saisisse de l’Art d’être grand-père, et qu’il fouille librement à l’intérieur jusqu’à rencontrer un texte qui le retienne, qui s’ouvrira devant lui comme une entrée majestueuse dans la caverne d’Ali Baba. Mais que, dans le monde réel, il est bien peu probable que ce miracle se produise. Et qu’à vouloir laisser les enfants se débrouiller avec les livres de poésie, on les condamne à ne plus en lire du tout, au contraire de ce qui se faisait à la belle époque de l’Office Français des Techniques Modernes d’Éducation (OFRATEM) et de ses rendez-vous radiophoniques.

J’ajoute que refuser de choisir pour l’enfant, en assumant de transmettre la tradition dont on est soi-même issu, c’est, dans ce cas, comme refuser d’enseigner.

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  1. 6 décembre 2009 à 19:50

    Bonsoir Christian,
    beau témoignage et bel éloge à la capacité re-créatrice de l’enfant. Oui, comme toi je pense que l’école est un trait d’union entre passé et avenir. C’est bien dans cet interstice culturel que l’imaginaire de nos élèves peut se dévoiler, se construire, s’épanouir. L’enseignant passeur doit être en mesure de proposer en fonction de qui il est, de qui sont ses élèves et des enjeux d’éducation qui le dépassent, les références littéraires les plus larges possibles: poésie, contes, fables, récits épiques, histoires extraordinaires à lire, à dire et à écrire. « Nourrir l’enfant par l’oreille » pour reprendre une formule chère à Christian Montelle se révèle un acte éducatif essentiel. Il ne s’agit pas de choisir à la place de l’enfant, il s’agit plutôt de lui fournir un métissage de contenus culturels et linguistiques dans lequel il pourra à son tour puiser et choisir. Ce qui n’empêche en rien d’accueillir les propositions des élèves. Bien au contraire, la variété et la richesse culturelles présentes dans nos classes sont pour l’enseignant une piste inépuisable de ressources à partager.

  2. Angèle Martinez
    6 décembre 2009 à 21:11

    C’est très beau ce que tu écris Christian, et tellement vrai.

    Donnons le temps à nos enfants d’être des enfants, tout simplement. Cette folle course vers l’autonomie précoce, tellement précoce, m’exaspère. Respectons-les pour ce qu’ils sont, des petits êtres en construction. Travaillons aux fondations, et le reste suivra.

    Merci et surtout continue de nous délecter de tes poèmes et de tes réflexions.

    Bien amicalement,
    Angèle

  3. 6 décembre 2009 à 21:41

    Bravo Christian pour ce texte simple et si évident.

  4. Corinne et Franck ROYER
    7 décembre 2009 à 08:53

    Bonjour,

    J’ai hésité à proposer le clonage de Christian mais le terrain est glissant de ce côté là.
    Ne pourrait-on pas imaginer que notre pédagogue puisse transmettre aux plus anciens que nos progénitures?
    Son entame humaniste et sa pédagogie tellement vraie auraient leur place dans les écoles de nos futurs professeurs.
    Je réalise que j’ai bien été formaté et que ma trotteuse interne s’est bien emballée comme beaucoup. Il m’est encore difficile de tempérer mes exigences envers mes filles et le stress que je leur communique est bien visible.
    Les paroles de Christian m’inspirent une compréhension différente et une attitude parentale plus lucide.
    Merci pour moi, je me sens un peu plus  »bon père », merci pour mes filles qui reçoivent dés à présent le bénéfice inestimable d’un professeur à l’écoute !

  5. 7 décembre 2009 à 14:57

    Si nous, les héritiers de la tradition scolaire, les transmetteurs de la culture et de la langue française n’offrons pas aux enfants de connaître les merveilles poétiques des Hugo, Verlaine, Rimbaud, … les fables de La Fontaine …. qui les éveillera à ces grands maîtres… et à la richesse de leurs écrits ? ? ?

    Bien sûr Christian qu’il faut choisir, et assumer de transmettre l’héritage de la tradition, dont nous sommes issus, et que nous nous devons de perpétuer …

    Quel grand, quel beau métier … en -saignant …

  6. chollet denis
    9 décembre 2009 à 20:33

    tout à fait d’accord avec christian jacomino et j’ajouterais que ce refus d’enseigner vient d’une incapacité à exercer ce métier. Certains ne feraient-ils pas mieux de se tourner vers un ailleurs professionnel ?

  7. 9 décembre 2009 à 21:40

    Il faut des années, des générations peut-être même, pour découvrir des perles et c’est, à mon avis, le rôle du professeur de non seulement apporter et présenter ces perles à ses étudiants pour continuer à la transmission de cette richesse, mais de faire la démonstration de ce qui en fait une perle.

    Par contre, je crois aussi à la liberté. Quand le jeune arrive avec un texte qu’il considère comme une perle, il faut y voir là le goût de suivre notre route et l’encourager en ne ridiculisant pas trop son choix !!!

  8. 14 décembre 2009 à 17:40

    Une belle citation je trouve…
    « Ce qu’il faut, c’est voir ce qu’un ouvrage ancien apporte aujourd’hui.
    Le propre d’une œuvre importante, c’est sa capacité à déterminer l’histoire et,
    si elle n’est pas trop éloignée dans le temps, à continuer d’agir. (…)
    Toute œuvre est ambiguë : rattachée au passé, orientée vers l’avenir.
    Ce qui m’importe, c’est son apport actuel. »
    Pierre Boulez, Éclats 2002, (en collaboration avec Claude Samuel)
    ©Mémoire du livre

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