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Excès de laxisme ou de rigidité? Attention au contresens


Hier, le collectif SOS éducation a lancé une pétition nationale intitulée « Les droits de l’homme valent-ils aussi… pour les professeurs ??? » Celle-ci concerne l’article paru dans le journal Le Monde du dimanche 22 novembre 2009, que j’évoquais dans mon billet du même jour, et, bien sûr, « l’histoire atroce » (je cite la pétition) dont un professeur d’anglais au Lycée Jean-Lurçat (13ème arrondissement de Paris) a été la victime.

De ce que j’ai pu comprendre, les faits sur lesquels la France entière est appelée à se prononcer consistent dans une lettre anonyme adressée à cette collègue et par vol d’une clé USB sur laquelle se trouvaient enregistrés ses cours, deux actes qui me paraissent en effet répréhensibles mais qui sont, dans l’ordre de la violence, bien moins graves que ceux dont d’autres professeurs et d’autres élèves sont victimes journellement (ou presque), hélas, dans beaucoup d’établissements scolaires.

Non, ce qui fait la différence ici, c’est que des élèves ont signé une pétition pour demander le déplacement de ce professeur, ce qui constitue pour le coup une démarche à la fois brutale et inconvenante, dont on pourrait souligner néanmoins qu’elle mime celle employée à tout bout de champ par une fouletitude de professeurs à l’égard de leur propre hiérarchie ou de leurs successifs ministres, avec pas toujours beaucoup plus d’élégance.

Au-delà de ce fait divers, je voudrais indiquer que l’on commet peut-être un grave contresens en considérant que notre système éducatif souffre d’un excès de laxisme. Je pense au contraire qu’il souffre d’un excès de rigidité dont le laxisme, bien réel, qu’on observe, n’est qu’un effet pervers, à la fois inévitable et paradoxal.

Nous avons tous contribué à faire une école dans laquelle les professeurs comme les élèves ne peuvent échapper que par la fuite en avant. Une sorte d’autoroute bordée de murs et sans bretelle de sortie – du début de sa carrière à la retraite pour les professeurs, et de la GS de maternelle aux premières années de l’université pour les élèves.

Sur cette autoroute, la même pour tout le monde selon sa catégorie, il y a ceux qui vont trop vite et qui s’ennuient, et puis l’immense foule de ceux qui ne vont pas assez vite, et à qui l’on répète qu’ils ne sont pas au niveau.

L’égalitarisme forcené de notre système éducatif exaspère la compétition.

Diversifions au contraire la proposition éducative – et la souffrance et la violence diminueront d’un cran.

Comment procéder? Les propositions sont simples. On pense, bien sûr, à une plus grande autonomie des établissements. Et, par exemple, pourquoi ne pas confier la gestion administrative et pédagogique de certains d’entre eux aux grands mouvements d’éducation nouvelle?

Je suis convaincu pour ma part qu’ils obtiendraient des résultats.

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Catégories :Chroniques Étiquettes :
  1. 25 novembre 2009 à 08:28

    Malheureusement l’Education Nationale est une grosse machine qu’il est difficile de changer! Et si on l’on tente de la changer rien qu’un peu, les professeurs se mettent en grève! Est-ce la montrer du respect et l’exemple aux élèves?

  2. 25 novembre 2009 à 10:48

    Je suis d’accord avec toi Christian. J’ai découvert avec ma fille l’arbitraire, la machine à broyer et la zone de non-droit que représente un collège; j’en ai été effaré. Moi qui n’aime pas la violence, j’ai compris pourquoi certains y deviennent des révoltés prêts à tout : car l’élève lambda n’est protégé ou respecté la plupart du temps , ni de ses pairs, ni de certains professeurs totalement nuls, ou totalement dépassés, ou pratiquant la moquerie voire l’injure. Et les bons professeurs, encourageant les élèves, ayant des initiatives intéressantes, cherchent à survivre la plupart du temps dans une atmosphère d’indifférence ou d’hostilité, venant des élèves ou de leurs collègues. Et pourtant ce n’était pas une zone « sensible ». Le professeur ayant des problèmes avec ses élèves a très peu de moyens de s’en sortir hormis le congé maladie, mais les classes qui en ont avec leur professeur n’en ont aucun…

  3. baptiste
    25 novembre 2009 à 17:28

    Sans doute même pour fonder un nouvel élan des mouvements pédagogiques faudrait-il redonner quelque gloire à la pédagogie qui est si malmenée par ses adversaires tous très médiatiques comme par certains de ceux qui s’en disent partisans et qui se contentent de niaiseries officielles.

    Ce qui est étrange tout de même, c’est les cas qui apparaissent comme ça soudainement dans la presse, partout, et les gens dans le métro qui disent « ah! mais là ils lui ont volé des choses, ça ne peut pas passer… », et les gros titres « les élèves veulent renvoyer leur professseur ». Combien de conflits graves entre élèves et profs avons-nous tous connus? On croirait que c’est nouveau et pourtant, pour beaucoup d’entre nous, nous pouvons citer des dizaines de cas de ce type. L’école est plus fantasmée qu’observée. Et il est peu de domaines où la médiatisation obscurcisse autant le débat public.

  4. 25 novembre 2009 à 17:30

    Cher Cjacomino, nous ne prônons pas autre chose que vous, en demandant la réforme dite du « chèque-éducation »

    • 25 novembre 2009 à 17:40

      L’idée chèque éducation ouvre, en effet, me semble-t-il, une perspective passionnante… Sursum corda! Innovons enfin, au lieu de nous plaindre… Les élèves ni leurs parents ne sont nos adversaires…

  5. 25 novembre 2009 à 20:39

    @ Baptiste: « Alain, Freinet, revenez… Ils sont devenus fous… »

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