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Du respect à l’école


Maryline Baumard signe, dans Le Monde daté d’aujourd’hui, un article intitulé Opération « zappe ton prof » dans un lycée parisien. La dureté de l’article à l’égard des lycéens concernés me paraît surprenante dans un journal réputé pour son objectivité et sa modération. Nous avons affaire à un conflit qui oppose deux parties: quels sont les motifs de l’une et quels sont ceux de l’autre? La journaliste ne semble pas se poser la question: elle sait et nous affirme que les lycéens sont irrespectueux, sans se préoccuper de savoir – et sans nous faire savoir – si le professeur auquel ils s’opposent ne l’a pas été à leur égard.

Ne connaissant de l’affaire que ce que dit l’article, c’est-à-dire bien peu, je n’épiloguerai pas sur ce cas précis. En revanche j’agiterai trois questions plus générales concernant la problématique du respect dans les établissements scolaires.

1/ Le métier d’enseignant est des plus difficiles, et il n’est pas rare que certains professeurs ne soient pas (ou plus) en mesure d’y faire face de façon correcte à un certain moment de leur carrière (parfois tard, parfois très tôt). Quand cela se produit, la conséquence la plus fréquente est qu’ils se montrent désagréables, acariâtres, parfois irrespectueux à l’égard des élèves. Or, demandons-nous comment les élèves en question peuvent le faire savoir, comment ils peuvent se faire entendre, et comment les administrations académiques peuvent réglementairement répondre à leurs plaintes.

2/ L’obligation scolaire et sa forme cursus ont pour conséquence que certains sujets humains, susceptibles de souffrir comme vous et moi de blessures narcissiques, vivent en situation d’échec de la GS de l’école maternelle jusqu’à l’âge de 18 ou 19 ans, où l’on insiste pour qu’ils passent le bac, et le réussissent. N’y a-t-il pas là une forme de maltraitance, à laquelle il serait presque inévitable que ceux qui la subissent répondent par de l’agressivité?

3/ Beaucoup de professeurs se montrent favorables à une clôture de l’école qui exclut de son champ l’usage des technologies nouvelles (téléphone portable, internet, réseaux sociaux), la publicité et tout ce qui a trait à l’actualité de la culture urbaine populaire. Or, ce qui est exclu ainsi, c’est le monde même. Celui auquel les jeunes souhaitent se rattacher, dans lequel ils attendent impatiemment de pouvoir s’intégrer. Disons, par parenthèse, que c’est (aussi) celui des adultes qui travaillent en entreprise, et dont personne ne s’avise de leur contester l’usage du téléphone portable, le droit de se maquiller et de consulter leur boîte à lettre électronique.

Pour les enfants des familles aisées, cette intégration dans le monde de la culture urbaine va de soi. Elle se réalise jour après jour à l’extérieur de l’école, et il ne paraît pas absurde que l’école veuille leur parler d’autre chose. Mais, pour les enfants des familles les plus dépourvues, l’intégration dans le monde réel (celui où ils iront aimer, peut-être gagner leur vie et élever à leur tour des enfants) a besoin d’être travaillée, facilitée, favorisée, par de vrais professionnels. Et n’est-ce pas à dire que cela devient une tâche primordiale de l’école?

Concilier la grande culture et celle, urbaine, contemporaine, des nouvelles technologies? L’idéal, bien sûr. Et c’est cet idéal que nous réalisons ICI.

lol

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  1. Chantal de Montella
    22 novembre 2009 à 13:39

    La situation des enseignants aujourd’hui est difficile et certains élèves sont en effet très malheureux dans le milieu scolaire. il est vrai également qu’on ne connaît pas tous les détails de ce conflit. Ceci étant dit, il serait peut-être bon de ne pas tout mélanger. Enormément de profs intègrent les technologies nouvelles dans leur enseignement et je ne pense pas que laisser les élèves utiliser leur téléphone portable en cours soit une avancée technologique déterminante.
    Certains faits, quelle que soit la situation demeurent inexcusables et gravissimes: voler une clé USB et insulter un prof en font partie.
    Je trouve votre article tellement démagogique que je me demande s’il n’y a pas une dose d’humour et de second degré qui m’aurait échappé.

    • 22 novembre 2009 à 14:49

      La démagogie n’est-elle pas l’attitude qui consiste à flatter les instincts du (bas) peuple? Ma prise de position, dans ce cas, ne mérite certainement pas d’être qualifiée ainsi, car vous m’accorderez qu’elle est aujourd’hui terriblement minoritaire. J’ai jeté un coup d’oeil, hier soir, sur les commentaires publiés par Le Monde à la suite de l’article de Mme Baumard, et l’unanimité des réactions consistant stigmatiser l’attitude des élèves m’a fait froid dans le dos.
      Pour autant, de l’humour, oui, j’avoue qu’il y en a bien un peu dans mon propos. Mais ne trouvez-vous pas qu’on en manque terriblement sitôt que l’on parle de l’école?
      Eh puis, bon… Reste le point principal. Est-ce qu’il arrive oui ou non que des professeurs s’exaspèrent, pètent un câble, est-ce que certains ne répètent pas à longueur d’année à leurs élèves qu’ils sont nuls, qu’ils ne feront jamais rien dans la vie, qu’on n’imagine pas par qui ils ont été élevés (ie. leurs parents), qu’ils doivent baisser les yeux quand on leur parle, et qu’on ne leur a pas demandé leur avis…? Or, dans ce cas, que convient-il de faire quand on est un timide et poli élève de cette classe, ou quand on est son parent?
      Enfin, je n’exclus pas, quant à moi, que certains élèves que l’on garde fort longtemps à l’école n’y ont peut-être pas leur place, et qu’à leur intention il convient d’inventer quelque chose…
      Merci en tout cas pour votre commentaire.

      • 22 novembre 2009 à 15:02

        Je rélève dans l’article publié à l’instant par Bruno Devauchelle sur son blog cette phrase: « Alors que partout dans le monde enfle le débat sur l’importance du numérique dans le quotidien, le modèle scolaire français, fortement inspiré par un modèle rationaliste et culturel ancien, oublie la réalité du monde. » Lire tout le texte.

  2. 22 novembre 2009 à 16:22

    Un exemple remarquable de ce que peut un prof.: http://www.blondeau.us/blog/?p=408

  3. 23 novembre 2009 à 08:59

    J’ai étudié cet article avec mes élèves à Madrid et il m’a paru très intéressant. La situation est semblable dans certains lycées madrilènes. L’analyse qu’en font mes élèves, et je suis en partie d’accord avec eux, est que le problème dépasse largement l’école. Les parents travaillent beaucoup et assument de moins en moins leurs responsabilités éducatives qu’ils rejettent sur des professeurs qui n’y sont pas préparés et qui n’en ont pas les moyens.
    Un professeur d’anglais est préparé pour enseigner l’anglais à un auditoire attentif, ce qui sera très rarement le cas.
    En ce qui concerne l’utilisation du portable, je trouve intéressante l’initiative de certains profs de l’utiliser pendant le cours (participation à travers de Twitter ou de SMS par exemple), mais pour cela il ne faut pas perdre le dialogue avec ses étudiants, ce qui est visiblement arrivé à la prof. de l’article.
    Il n’y a pas d’éducation possible sans confiance et sans dialogue.

    Dans le cadre de la discussion postérieure à la lecture de l’article, et après avoir fait le constat que la société avait beaucoup changé, aucun de mes élèves n’a été capable d’ébaucher une véritable solution au problème. S’il est difficile d’éduquer des enfants, éduquer leurs parents l’est encore plus.

  4. Quidam
    25 novembre 2009 à 04:04

    Le mobile dans les cinoches? Dans les théâtres? Le monde des adultes? Votre « démonstration » est un peu courte.

    Le monde de la culture urbaine? Le monde? C’est ça pour vous: la technologie? Les réseaux sociaux? Ce n’est pas encore tout à fait le monde, des outils bien peu et souvent mal utilisés. Après cette assertion mondialotechnologik faudra nous parler du côté humain du propos.

    Et puis on est tout de même pas à l’heure du bonne d’âne et du martinet; qui stigmatise? on se le demande… à peine.

    Si l’on veut que les profs tiennent leur rôle il faut que les élèves tiennent le leur et ce n’est pas en les autorisant à se dissiper que l’Educ Nat ferait bien son travail.

    Il ne s’agit pas d’accès aux technologies dans un cadre éducatif mais de laxisme. Je suis persuadé qu’un chauffeur de car scolaire donnant du texto pendant qu’il est au volant (vu mais pas à la télé, ds le bus en question, accident évité de justesse) retiendrait moins que ces élèves votre indulgence pour son manque d’attention… n’est-ce pas?

    Quant au commentaire de J-C Blondeau, les bras m’en tombent. Aucun élève capable d’ébaucher…? C’est incroyable comme aveu d’échec ! Celui du prof dont l’improbable enseignement voudrait éduquer, maintenant, les parents !

    Le contradictoire: plainte et souhait ds le même panier -> ce pauvre prof n’est pas formé, qu’il devienne donc une AS.

    Je crois rêver.

  1. 23 novembre 2009 à 17:38
  2. 25 novembre 2009 à 08:05

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