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Archive for novembre 2009

Un projet de recherche sur la méthodologie VH

Fanette Régnier est entrée en formation CAFAVH le 30 octobre dernier. Elle se propose d’expérimenter la méthodologie Voix Haute et de rendre compte de ce travail dans son mémoire de fin d’études d’orthophonie, qu’elle prépare sous la direction de Mme Eskinazi.

Elle m’autorise à publier aujourd’hui une présentation de son projet de mémoire. Vous le trouverez ICI.

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Pierre Le Pillouër a écrit un poème

29 novembre 2009 1 commentaire

Pierre Le Pillouër a écrit un poème, et je suis venu après lui pour le lire. Et vous le donner à lire. Je n’aurais pas travaillé sur ce texte s’il ne m’avait pas accroché dès la première lecture. Mais qu’il m’ait accroché signifie aussi que je n’étais pas sûr de très bien le comprendre. Je voyais qu’il n’y avait pas de tricherie dans cette chose-là. Qu’on ne se payait pas de mots. Et qu’il était question d’un enfant. De ce qu’on appelle, en jargon professionnel, éducatif et judiciaire, le « placement » d’un enfant. Les enfants, je connais. Et cela a suffi pour me donner confiance. J’ai dit à Pierre, Je vais essayer. Il a été d’accord et le premier travail que j’ai eu à faire à consisté à isoler les successives parties du poème sur les diapositives où j’ai grossi la typographie autant que le format le permettait.

L’affaire du m@p consiste à grossir les caractères d’écriture et à ralentir la lecture jusqu’à suspendre le mouvement de la phrase. Que le lecteur ne soit plus emporté par le sens mais se trouve en même position incertaine et créative que l’auteur, à devoir distinguer chaque mot, l’examiner à la loupe, sous tous ses aspects, graphiques, phonétiques, sémantiques. Le prendre avec des pincettes. Le peser comme sur une balance d’orfèvre pour décider enfin de son choix ou de son refus.

J’ai mieux compris et aimé ce texte de Pierre au fur et à mesure de mon travail. J’ai pu le pénétrer en ménageant des vides où les mots devaient revenir s’ajuster ensuite un à un, tandis que d’autres n’auraient de place nulle part, resteraient des intrus, quelque chose comme des fantômes errants sans repos. Et il en ira pour vous inévitablement de même.

Le m@p est conçu pour permettre au lecteur de reconstituer le texte, pièce par pièce, un peu de la même manière qu’un amateur construit en miniature une caravelle de Christophe Colomb. Elle tient dans une bouteille. Quand il a fini, après des mois, il a le sentiment de la connaître aussi bien que s’il en avait lui-même dessiné les plans, et mieux sans doute que s’il avait rallié l’Amérique à son bord. Il peut s’imaginer en avoir lui-même dessiné les plans, quelques siècles auparavant. Ou avoir traversé l’Atlantique à son bord, la pipe à la bouche et un perroquet sur l’épaule.

Et en faisant ce travail de lecture, j’ai découvert que celui de l’auteur – Pierre Le Pillouër – avait consisté moins à « écrire » (mot prétentieux et un peu ridicule quand on l’emploie sur le mode intransitif, ne trouvez-vous pas?) qu’à se mettre lui-même en posture de lecteur, devant la situation de l’enfant qu’il évoque, et devant les mots qui la disent déjà. Ceux qui sortent de la bouche de l’enfant et que l’auteur a pris soin de noter (« Comme mon frère j’ai parfois besoin d’éther », slide 11). Comme ceux aussi bien que l’on rencontre dans un guide touristique à propos du village où cet enfant est placé (slide 12).

Dans un article récent, Hubert Guillot écrit

que si la lecture est la caractéristique de la société moderne, l’écriture pourrait être celle des sociétés futures. Si on compte près d’un million d’auteurs sur terre (un million de personne ayant publié un livre dans l’année, soit 0,01 % de la population), le nombre d’auteurs de livres a été multiplié par 10 chaque siècle. La proportion de ceux qui utilisent des nouveaux médias pour publier des contenus connaît, elle, un facteur de progression de 100. Tant et si bien que ce ne sera bientôt plus la lecture qui définira le summum de la civilisation, mais l’écriture (La Feuille).

On voit bien, en effet, que tout le monde veut écrire. Si, dans l’Union européenne, les résultats de l’apprentissage de la lecture demeurent aussi médiocres (voir étude), c’est aussi parce que l’activité a perdu beaucoup de son prestige auprès des professeurs eux-mêmes. Ils brûlent d’impatience de faire écrire leurs élèves. Les enfants ne sont pas sortis du CP, ils peinent à déchiffrer quelques mots et ne savent pas trois bonnes récitations que déjà ceux qui en ont la charge voudraient qu’ils « produisent » des textes! Comme si la lecture était une activité servile, de soumission, et qu’il fallait se dépêcher d’écrire pour s’exprimer enfin.

Je parle là d’un fait sociologique, d’une mentalité dominante dont il ne servirait à rien de vouloir la réfuter. Mais il se trouve néanmoins que la tendance distinctive de l’art contemporain dans toutes les disciplines consiste dans le même temps à observer le réel. Physique ou langagier. À le déchiffrer. Le surligner, l’entourer, le découper, le citer, l’indiquer, l’indexer, le coller, l’évider, le cerner. À mieux lire, en somme, ce qui se trouve déjà écrit dans d’autres livres ou dans l’apparence chatoyante du monde. Pour mieux le donner à lire.

Et les NTIC (Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication) sont venues à point pour confirmer cette tendance. Grâce à elles, on n’écrit plus sans surligner et lier le texte que l’on a sous les yeux à d’autres parfois lointains, c’est-à-dire sans écrire déjà. Et l’on n’écrit pas sans coller non seulement du texte mais des images. Ce qui signifie que lecture et écriture sont devenues indissociables. Qu’elles s’entrelacent étroitement comme les deux aspects de la même activité. Reste à désigner cette activité par le nom qu’elle mérite. Je n’en vois pas qui lui conviendrait mieux que celui de « poésie » (« poïesis », « poetry ») entendu à la fois comme nom et comme verbe.

Pierre Le Pillouër a écrit un poème, et le m@p est ICI.

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ETERNITE, de Pierre Le Pillouër

pendant que je bouge les lettres
je ne pense plus au départ ni à l’arrivée
ni à joindre aucun bout
ni à relier aucun mot

Avec une photo d’Annie Jacomino.

Le m@p est ICI.

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En Europe, l’apprentissage de la lecture se dégrade – LeMonde.fr

26 novembre 2009 1 commentaire
  • tags: lecture

    • Le constat reste inchangé depuis 2000 : la lecture est « LE » point noir dans la plupart des pays européens. Près d’un quart des élèves de 15 ans sont considérés comme des « lecteurs médiocres », selon la Commission européenne.

      Dans un rapport présenté le 25 novembre, l’institution note que « les performances en matière de lecture se sont détériorées entre 2000 et 2006 » : la part d’élèves de 15 ans qui lisent mal est passée de 21,3 % à 21,4 % sur cette période, alors que les Etats s’étaient engagés à réduire ce chiffre d’au moins 20 % d’ici à 2010

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Excès de laxisme ou de rigidité? Attention au contresens

25 novembre 2009 6 commentaires

Hier, le collectif SOS éducation a lancé une pétition nationale intitulée « Les droits de l’homme valent-ils aussi… pour les professeurs ??? » Celle-ci concerne l’article paru dans le journal Le Monde du dimanche 22 novembre 2009, que j’évoquais dans mon billet du même jour, et, bien sûr, « l’histoire atroce » (je cite la pétition) dont un professeur d’anglais au Lycée Jean-Lurçat (13ème arrondissement de Paris) a été la victime.

De ce que j’ai pu comprendre, les faits sur lesquels la France entière est appelée à se prononcer consistent dans une lettre anonyme adressée à cette collègue et par vol d’une clé USB sur laquelle se trouvaient enregistrés ses cours, deux actes qui me paraissent en effet répréhensibles mais qui sont, dans l’ordre de la violence, bien moins graves que ceux dont d’autres professeurs et d’autres élèves sont victimes journellement (ou presque), hélas, dans beaucoup d’établissements scolaires.

Non, ce qui fait la différence ici, c’est que des élèves ont signé une pétition pour demander le déplacement de ce professeur, ce qui constitue pour le coup une démarche à la fois brutale et inconvenante, dont on pourrait souligner néanmoins qu’elle mime celle employée à tout bout de champ par une fouletitude de professeurs à l’égard de leur propre hiérarchie ou de leurs successifs ministres, avec pas toujours beaucoup plus d’élégance.

Au-delà de ce fait divers, je voudrais indiquer que l’on commet peut-être un grave contresens en considérant que notre système éducatif souffre d’un excès de laxisme. Je pense au contraire qu’il souffre d’un excès de rigidité dont le laxisme, bien réel, qu’on observe, n’est qu’un effet pervers, à la fois inévitable et paradoxal.

Nous avons tous contribué à faire une école dans laquelle les professeurs comme les élèves ne peuvent échapper que par la fuite en avant. Une sorte d’autoroute bordée de murs et sans bretelle de sortie – du début de sa carrière à la retraite pour les professeurs, et de la GS de maternelle aux premières années de l’université pour les élèves.

Sur cette autoroute, la même pour tout le monde selon sa catégorie, il y a ceux qui vont trop vite et qui s’ennuient, et puis l’immense foule de ceux qui ne vont pas assez vite, et à qui l’on répète qu’ils ne sont pas au niveau.

L’égalitarisme forcené de notre système éducatif exaspère la compétition.

Diversifions au contraire la proposition éducative – et la souffrance et la violence diminueront d’un cran.

Comment procéder? Les propositions sont simples. On pense, bien sûr, à une plus grande autonomie des établissements. Et, par exemple, pourquoi ne pas confier la gestion administrative et pédagogique de certains d’entre eux aux grands mouvements d’éducation nouvelle?

Je suis convaincu pour ma part qu’ils obtiendraient des résultats.

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Du respect à l’école

22 novembre 2009 8 commentaires

Maryline Baumard signe, dans Le Monde daté d’aujourd’hui, un article intitulé Opération « zappe ton prof » dans un lycée parisien. La dureté de l’article à l’égard des lycéens concernés me paraît surprenante dans un journal réputé pour son objectivité et sa modération. Nous avons affaire à un conflit qui oppose deux parties: quels sont les motifs de l’une et quels sont ceux de l’autre? La journaliste ne semble pas se poser la question: elle sait et nous affirme que les lycéens sont irrespectueux, sans se préoccuper de savoir – et sans nous faire savoir – si le professeur auquel ils s’opposent ne l’a pas été à leur égard.

Ne connaissant de l’affaire que ce que dit l’article, c’est-à-dire bien peu, je n’épiloguerai pas sur ce cas précis. En revanche j’agiterai trois questions plus générales concernant la problématique du respect dans les établissements scolaires.

1/ Le métier d’enseignant est des plus difficiles, et il n’est pas rare que certains professeurs ne soient pas (ou plus) en mesure d’y faire face de façon correcte à un certain moment de leur carrière (parfois tard, parfois très tôt). Quand cela se produit, la conséquence la plus fréquente est qu’ils se montrent désagréables, acariâtres, parfois irrespectueux à l’égard des élèves. Or, demandons-nous comment les élèves en question peuvent le faire savoir, comment ils peuvent se faire entendre, et comment les administrations académiques peuvent réglementairement répondre à leurs plaintes.

2/ L’obligation scolaire et sa forme cursus ont pour conséquence que certains sujets humains, susceptibles de souffrir comme vous et moi de blessures narcissiques, vivent en situation d’échec de la GS de l’école maternelle jusqu’à l’âge de 18 ou 19 ans, où l’on insiste pour qu’ils passent le bac, et le réussissent. N’y a-t-il pas là une forme de maltraitance, à laquelle il serait presque inévitable que ceux qui la subissent répondent par de l’agressivité?

3/ Beaucoup de professeurs se montrent favorables à une clôture de l’école qui exclut de son champ l’usage des technologies nouvelles (téléphone portable, internet, réseaux sociaux), la publicité et tout ce qui a trait à l’actualité de la culture urbaine populaire. Or, ce qui est exclu ainsi, c’est le monde même. Celui auquel les jeunes souhaitent se rattacher, dans lequel ils attendent impatiemment de pouvoir s’intégrer. Disons, par parenthèse, que c’est (aussi) celui des adultes qui travaillent en entreprise, et dont personne ne s’avise de leur contester l’usage du téléphone portable, le droit de se maquiller et de consulter leur boîte à lettre électronique.

Pour les enfants des familles aisées, cette intégration dans le monde de la culture urbaine va de soi. Elle se réalise jour après jour à l’extérieur de l’école, et il ne paraît pas absurde que l’école veuille leur parler d’autre chose. Mais, pour les enfants des familles les plus dépourvues, l’intégration dans le monde réel (celui où ils iront aimer, peut-être gagner leur vie et élever à leur tour des enfants) a besoin d’être travaillée, facilitée, favorisée, par de vrais professionnels. Et n’est-ce pas à dire que cela devient une tâche primordiale de l’école?

Concilier la grande culture et celle, urbaine, contemporaine, des nouvelles technologies? L’idéal, bien sûr. Et c’est cet idéal que nous réalisons ICI.

lol

Le ciel est, par-dessus le toit…

21 novembre 2009 1 commentaire

Le ciel est, par-dessus le toit,
Si bleu, si calme…

Avec 5 photos d’Annie Jacomino

Le m@p est ICI.

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