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Un conseil aux parents des apprentis lecteurs


pchr22C’est la rentrée. Beaucoup d’enfants ont pris le chemin de l’école pour faire leur Cours préparatoire et rentrer ainsi dans l’apprentissage de la lecture. Il est prévu que celui-ci dure plusieurs années, et les parents doivent savoir que leurs enfants ne sont pas pressés. Pour autant, certains ont le désir de les aider. Ils ont raison, car ainsi les enfants seront plus rassurés quand ils seront à l’école, au milieu de leurs camarades. Mais aussi parce que l’apprentissage de la lecture est une expérience parmi les plus importantes que l’on fait dans sa vie, et qu’il serait dommage de ne pas la partager.

Pourtant comment s’y prendre? Beaucoup de parents souhaitent aider leurs enfants mais ils craignent de commettre des erreurs, des maladresses, ce qui les rend nerveux. Certains y renoncent et quelques autres s’obstinent, en transmettant leur angoisse à ceux qu’ils voudraient rassurer.

Les plus malins le font en emmenant leurs enfants à la bibliothèque, en les aidant à choisir des livres – des albums, le plus souvent -, et ensuite en les lisant avec eux, le soir par exemple, à l’heure du coucher. C’est une excellente approche. Mais je voudrais en proposer une autre, toute différente, qui est à la fois efficace et amusante. C’est celle qui consiste à parler des mots.

On parle avec les mots, nécessairement. Mais l’on néglige trop souvent de parler d’eux. On ne leur accorde pas l’attention qu’ils méritent. Peut-être parce qu’on ne sait pas par quel bout les prendre. Parce qu’ils nous intimident un peu. Les mots sont un peu comme des insectes volant autour de nous mais aussi à l’intérieur de nous. Dans nos têtes et dans nos bouches. Dans nos cœur aussi. Certains ont des formes bizarres, un peu comme des monstres. Ce sont des monstres débonnaires, presque tous, mais cela n’empêche qu’ils effrayent les enfants au moment où ceux-ci apprennent à lire.

Or, voici comment il est possible de les apprivoiser.

La première chose qu’il faut dire aux enfants, à propos des mots, c’est que deux mots tout à fait différents peuvent se cacher sous une forme sonore identique. C’est le cas des mots PAIN et PIN. Demandez à votre jeune écolier d’enfant d’en chercher d’autres qui se ressemblent ainsi sans avoir du tout le même sens. Cherchez avec lui. Ce sera comme de chasser les papillons ou aller à la pêche.

La seconde, c’est qu’il existe une correspondance entre la forme orale des mots (ce qu’on entend et ce que l’on dit) et leur forme écrite.  Mais que cette correspondance, hélas, n’est pas toujours simple.

Pour bien expliquer cela, il faut partir de la forme orale et non de la forme écrite comme on a trop tendance à le faire. Partez d’un joli mot – le mot JOLI, par exemple, et apprenez à votre enfant à le décrire. Je parle bien de décrire sa forme orale, puisque c’est la seule qu’il connaisse déjà, encore qu’il n’en ait pas conscience. Vous l’aiderez ainsi à découvrir (ou à se souvenir, puisqu’aussi bien il a commencé de travailler la question à l’école maternelle) qu’il compte 2 syllabes JO-LI, et que chacune de ces syllabes se compose de 2 sons – une voyelle et une consonne dans la première, et encore une voyelle et une consonne dans la seconde. Et vous ajouterez que le mot JOLI est très facile à lire et à écrire puisque chacun de ces 4 sons s’écrit avec une seule lettre. Tandis que d’autres mots posent davantage de problèmes – sans avoir pourtant une apparence beaucoup plus compliquée. C’est le cas du mot BEAU, par exemple – qui ne compte qu’une seule syllabe, dans laquelle on entend de nouveau 2 sons seulement (une consonne puis une voyelle), mais où le premier son s’écrit avec une seule lettre tandis qu’il en faut trois pour écrire le second…

Voilà! Je vous propose de faire de cette grande question et de ces grands mystères le sujet de discussions familiales, le matin, autour de la table du petit déjeuner, ou même en voiture. Une recommandation: dans un premier temps au moins, jetez-vous à l’eau sans vous servir de crayon, de stylo, de cahier. N’écrivez surtout rien. Parlez seulement. Allez chercher les mots autour de vous, vous verrez (vous entendrez) qu’il s’en trouve partout. Comparez ces mots entre eux, faites des listes, des collections.

Vous verrez que le sujet deviendra vite amusant. Et que, grâce à ce jeu, votre enfant trouvera l’apprentissage de la lecture facile et agréable quand il ira en classe. Il le boira comme une gourmandise. Ce qu’on appelle du « petit lait »!

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  1. 6 septembre 2009 à 11:28

    Merci pour les conseils. En effet, tant que l’apprentissage est un jeu, les enfants s’en souviennent 🙂 Je vais essayer avec mon fils Louis.

  2. 7 septembre 2009 à 04:22

    Bravo pour ton article.
    Cependant, pour ma part, j’inverserais seconde et première chose : la récolte serait toute aussi fructueuse, et j’attendrais que l’enfant découvre lui même dans sa besace les homonymes et s’en étonne avant de l’y intéresser, sans commencer ma chasse par les camouflages des mots.
    Bonne chasse les enfants !
    Christian, te réserves-tu le rôle du chasseur dans le Petit Chaperon Rouge ? 😉

  3. christian
    7 septembre 2009 à 05:36

    @Dovrah Oui, assez d’accord avec toi… D’abord les correspondances graphophonologiques, puis les homophones…

  4. Jocelyne
    7 septembre 2009 à 09:04

    Je n’ai pas tout saisi sur l’ordre des choses, si l’on doit en décider, pour l’apprentissage de la lecture. Je resterai pour ma part sur cette belle métaphore des insectes volants et sonores que l’enfant peut à souhait observer, suivre, attrapper, écraser, enfermer et libérer, ou encore disséquer etc. Mais puisque l’enfant parle avant d’écrire, il connait déjà la musique en quelque sorte! Il parle avec des mots et effectivement se construit une image du mot qui peut faire l’objet de discussions très riches. Une seule règle cependant: celle du plaisir de dire et d’entendre ensemble qui pour moi trouve son aboutissement dans la lecture de poésie.

  5. Jurriaan
    8 septembre 2009 à 16:09

    Il existe un album pour enfant nommé « l’attrapeur de mots » de Dumont, qui illustre bien le propos de Christian et qui accessoirement propose une définition de la notion même de poème.

    Bonne lecture.

  6. 8 septembre 2009 à 16:36

    @Jocelyne Oui, la poésie a longtemps servi à cela, ce partage de la parole mesurée, ce que j’aime appeler « le don des langues », la parole étant nourriture la plus exquise, et la langue ce dans quoi on entre en naissant et que l’on partage mieux que le pain, bien plutôt ou bien avant que d’être le lieu de l’expression de soi dans la forcenée originalité dont la modernité voudrait que chaque individu se pare contre la tradition.

    @Jurriann Je ne connais pas cet album, je vais donc me mettre à sa recherche, mais dans l’attente, ne pourrais-tu pas nous livrer sa définition de la poésie, au lieu de nous faire languir?

    Amitiés,

    • Jurriaan
      9 septembre 2009 à 17:36

      Aah, languir.

  1. 13 septembre 2009 à 15:43

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