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Les professeurs de français font des cours


Les professeurs de français font des cours. Beaucoup, je le crains, s’adressent aux élèves des classes de premières et terminales de tous les lycées de France de la même manière que leurs collègues font à Paris, dans les classes préparatoires des lycées Louis-le-Grand ou Henri IV. Et de la même manière qu’on a fait avec eux quand ils étaient étudiants. Je veux dire qu’ils parlent seuls, des heures durant, devant des jeunes gens dont le rôle consiste à baisser la tête et prendre des notes.

Il n’est pas certain que ce dispositif d’apprentissage se justifie pour les élèves des grands lycées parisiens que j’ai cités, encore que ceux-ci soient sélectionnés à l’entrée des classes préparatoires pour former un corps d’élite. Même là, le moment est sans doute venu de s’y prendre autrement. D’adapter le rituel à l’usage des nouvelles technologies. Ne peut-on pas imaginer, en effet, que le professeur publie le contenu de son enseignement sur un site internet, et qu’il consacre les heures de cours qui lui sont imparties à dialoguer avec ses élèves?

Mais encore n’est-il pas inconcevable que l’on s’attarde à commenter des œuvres quand on peut raisonnablement supposer que les élèves à qui l’on s’adresse les ont lues ou les liront. Tandis que le professeur des classes ordinaires n’a pas du tout cette assurance. Ses élèves n’ont pas été sélectionnés. L’immense majorité d’entre eux n’ont déclaré jusqu’ici aucune aptitude particulière pour l’étude des lettres, ni aucun goût trop prononcé. Ils ne sont pas là par choix mais par obligation. Et sans doute pourrait-on mettre à profit le temps passé ensemble à lire les œuvres. A les faire vivre. Non sans les commenter, bien sûr, mais en faisant en sorte que le commentaire accompagne une lecture effective plutôt qu’il ne la remplace.

Tzvetan Todorov, qui fut bien placé pour s’y connaître, écrit:

… si en physique est ignorant celui qui ne connaît pas la loi de gravitation, en français l’est celui qui n’a pas lu Les Fleurs du mal. On peut parier que Rousseau, Stendhal et Proust resteront familiers aux lecteurs longtemps après que seront oubliés les noms des théoriciens actuels ou leurs constructions conceptuelles, et l’on fait preuve d’un certain manque d’humilité en enseignant nos propres théories autour des œuvres plutôt que les œuvres elles-mêmes. Nous – spécialistes, critiques littéraires, professeurs – ne sommes, la plupart du temps, que des nains juchés sur les épaules des géants [+].

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Catégories :Chroniques, Partage et transmission Étiquettes :
  1. 2 juillet 2009 à 02:22

    Je seconde l’esprit de ton billet, Christian. Quoique je ne suis pas toujours opposé à l’enseignement à la tribune, je pense que nous réalisons tous qu’il faut modifier nos pratiques. Parmi les nombreuses facettes de la pédagogie à polir, le rapport de l’enseignant à l’élève requiert une attention toute spéciale.

    Il ne suffit plus aujourd’hui pour un enseignant de bien connaître la matière, les méthodes d’enseignement, les outils didactiques et tout le reste du bataclan appris à l’université. Il est urgent qu’il apprenne à bien connaître ses élèves. Ce rapport constitue en quelque sorte un conduit de savoirs, dans la mesure où l’estime ouvre les vannes.

    À ce sujet, une étude fort intéressante par des chercheurs de l’Université du Missouri : http://munews.missouri.edu/news-releases/2009/0629-bergin-student-attachment.php

  1. 11 décembre 2009 à 19:18

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