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Le grand soir du conseil de classe


Avez-vous déjà participé à un conseil de classe? On y entend ces phrases étranges :

Peut-on considérer que le divorce des parents justifie de si mauvaises notes?

Peut-on mettre les félicitations à un élève qui a 13,8 de moyenne alors que normalement on ne met les félicitations qu’à partir de 14?

Ne vaudrait-il pas mieux éviter les louanges pour qu’il ne « se repose pas sur ses lauriers »?

Est-ce que « c’est un problème de travail ou est-ce que c’est un problème de comportement »?

Cet élève « ne fait que ce qu’il veut ».

« Oui, c’est bien, mais ce n’est que le premier trimestre, il ne faudrait pas se réjouir trop vite. »

Est-ce que cet élève a « un poil dans la main » ou est-ce qu’il est juste un peu « limité »? (Il y a toujours des gens en conseil de classe qui ont peur qu’on se réjouisse trop vite, comme si quelqu’un avait envisagé de se réjouir dans un conseil de classe .)

Ce n’est pas nouveau. On a cherché à réformer. Depuis, cent fois par an, on nous rappelle qu’il ne faut pas dire d’un élève qu’il est nul – et ce n’est pas un vain rappel! On s’en tient là. Personne ne semble espérer une transformation plus importante. On nous dit qu’« il ne faut pas s’attendre à un grand soir de l’éducation nationale. » Nous voilà rassurés. Ceux qui craignaient d’immenses bouleversements dans l’école peuvent dormir tranquilles. Si tout va bien, on va peut-être réformer un peu la classe de seconde et faire plus de stages en entreprises. Peut-être même que, dans un élan pédagogique stupéfiant, on demandera au professeurs « d’être plus proches de leurs élèves. »

Les conseils de classe demeureront. On continuera d’y hésiter entre l’accusation de « fainéantise » et l’idée d’une possible « débilité ». On y maintiendra fermement la distinction entre le travail et le comportement.

Je n’appelle pas ici à une nouvelle réformette nationale accompagnée de son cortège médiatique et suivie de manifestations. Elles aboutissent le plus souvent à un compromis oiseux et inutile, mais imposé à tous partout.

Sans espérer le grand soir, ne peut-on pas libérer un peu de place pour des lieux qui soient différents sans être marginaux ni sectaires? des lieux où circulerait parfois un sac aux propositions? Là, on pourrait envisager d’abandonner la forme du conseil de classe et donner aux pédagogues le pouvoir d’organiser collectivement des rituels nouveaux, fondés sur des discours moins absurdes et moins pervers.

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  1. 11 juin 2009 à 19:49

    Il me semble que la difficulté tient à la confusion entre 2 fonctions de l’école: celle qui concerne l’imposition de la norme sociale, dans tout ce qu’elle peut avoir d’arbitraire mais aussi d’indispensable, et, d’autre part, la transmission des savoirs. Tout indique qu’il devient nécessaire de séparer les 2 fonctions. Pour ce qui concerne la transmission des savoirs, je propose de faire placarder dans toutes les salles de prof. la citation de Simone Weil à découvrir ICI.

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