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Archive for mai 2009

Je propose que l’on arrête de jouer à se faire peur

29 mai 2009 1 commentaire

0905computerschoolOn trouve cette photo sur Internet. Elle est publiée par Quang Minh (YILKA), sur son compte Flickr, avec pour légende: « Lecture time @ Missouri School of Journalism. Steve Jobs must be very happy 🙂 » Et, aujourd’hui, elle illustre l’excellent article que Jean-Marc Manach publie sur InternetActu et qu’il intitule: Et si l’on autorisait les bacheliers à se connecter à l’internet? Tout ceci n’est-il pas (enfin) réjouissant? Je propose que l’on arrête de jouer à se faire peur. Les fouilles, les portiques, les lasers sont peut-être parfois nécessaires, ici ou là. Je n’en sais rien. Personne n’en sait rien. Sauf les équipes pédagogiques de tel ou tel établisssement directement concerné. Faisons-leur confiance. Laissons-les décider en concertation avec les autorités locales de la justice et de la police. Mais ce que nous savons tous c’est que la sécurité dans les établissements scolaires est aussi et d’abord une question de mode d’apprentissage. De relation pédagogique. De cursus forcé là où il serait temps de proposer de l’apprentissage en réseau. Ouvrons les écoles, au contraire! Ne vaut-il pas cent fois mieux ouvrir les écoles à Google et Steve Job dont les jeunes sont avides, que de prétendre les sanctuariser par crainte que certains y introduisent des couteaux. Les préconisations de Eric Debarieux, directeur de l’Observatoire international de la violence à l’école, vont plutôt dans ce sens. Il les expose dans un entretien accordé au journal Le Monde. L’article est paru dans l’édition du 28.05.09. Je vous invite à le retrouver ICI.

Catégories :Chroniques

De beaux avantageux

Il m’est souvenu hier que ma mère qualifiait quelquefois tel homme qui la faisait sourire de « bel avantageux ». Mon Nouveau Petit Robert 1, édition de 1993, atteste de cet usage de l’adjectif AVANTAGEUX, entendu depuis le XVIe au sens de « Qui tire vanité des avantages qu’il possède ou qu’il s’attribue. => fat, orgueilleux, présomptueux, suffisant, vaniteux. ‘un pédant avantageux’ (Duham). – Un air, un ton avantageux. »

Ceux qu’elle qualifiait ainsi étaient des hommes grands et élégamment vêtus, dont elle aurait pu dire aussi bien qu’ils « portaient beau » et au charme desquels elle n’était sans doute pas tout à fait insensible. Il faut dire que mon père est petit, comme je le suis moi-même, un mètre soixante-cinq, soit la taille du bon Guillaume Apollinaire, et comme l’était le père de ma mère, maréchal-ferrant, ainsi que la plupart des hommes de notre famille, mélange de napolitains et de catalans transportés en Algérie.

Les « beaux avantageux » venaient de France, le plus souvent. Ils étaient d’une autre race, ils affichaient une autre opinion d’eux-mêmes. Plus tard, je suis devenu instituteur à Nice où nous avions repris pied, et j’ai eu affaire à ce type de beaux hommes doublés de pédants qui paraissent, partout où on les rencontre, essoufflés, de passage, étonnement distraits, comme en attente d’accéder à de plus hautes sphères auxquelles une fée marraine les aurait promis en se penchant sur leur berceau.

La classe politique est richement pourvue de beaux avantageux. L’ancien président de la République, M. Jacques Chirac et son premier ministre, M. Dominique de Villepin rappellent, par leurs silhouettes, les statues de pierre qui ornent nos églises. Ce n’est pas le cas de l’actuel président, qui est à la fois petit et, selon sa propre expression, de « sang mêlé ». La plupart de ses adversaires s’abstiennent d’évoquer ses origines, du moins publiquement, mais il en est bien peu qui résistent à la tentation de railler sa petite taille.

Catégories :Grammaire

Accord du participe passé des verbes pronominaux

La règle énoncée par les livres de grammaire est souvent si compliquée qu’on ne vient pas à bout de la lire et encore moins de la comprendre. Or, dans l’immense majorité des cas, une transformation de la phrase permet de s’y retrouver, c’est-à-dire de savoir si le participe passé doit s’accorder ou ne pas s’accorder avec le pronom complément.

Cette transformation consiste à remplacer l’auxiliaire être par l’auxiliaire avoir. Ainsi nous voyons:

(1) Julie s’est perdue dans la forêt.
Elle a perdu qui? s’ mis pour elle-même, complément d’objet direct (COD) placé avant le verbe. Il y a donc accord.

(2) Elle s’est aperçue dans la glace.
Elle a aperçu qui? s’ mis pour elle-même, COD placé avant le verbe. Il y a donc accord.

(3) Elle s’est aperçu qu’il lui mentait.
Elle a aperçu quoi? Qu’il lui mentait, COD placé après le verbe. Il n’y a donc pas accord.

(4) Longtemps, nous nous sommes écrit.
Nous avons écrit quoi? Pas de COD, donc pas d’accord.

(5) Leurs revendications se sont exprimées.
Leurs revendications ont exprimé quoi? s’ mis pour les revendications, COD placé avant le verbe. Il y a donc accord.

(6) Ils se sont lavé les mains.
Ils ont lavé quoi? Les mains, COD placé après le verbe. Il n’y a donc pas d’accord.

(7) Elle s’est vue applaudir le chanteur.
Elle a vu qui? s’ mis pour elle-même (qui applaudit le chanteur), COD placé avant le verbe. Il y a donc accord.

(8) Elle s’est vu applaudir par le chanteur.
Elle a vu qui? le chanteur (qui l’applaudit), COD placé après le verbe. Il n’y a donc pas d’accord.

Cette règle paraît logique dans la mesure où elle se ramène à celle plus fondamentale concernant l’accord de l’adjectif attribut. « Julie s’est perdue dans la forêt » ne signifie rien d’autre que « Julie est perdue… ». « Leurs revendications se sont exprimées » ne signifie rien d’autre que « Leurs revendications sont exprimées« .

Il en va tout autrement, hélas, avec la règle concernant les pronominaux subjectifs (ou non réfléchis) comme SE SOUVENIR. Grévisse souligne que, dans ce cas, « le pronom conjoint me, te se, etc. – qu’on pourrait appeler censément préfixé ou agglutiné – est comme incorporé au verbe et n’a qu’une valeur emphatique, ou affective, ou vague: il ne joue aucun rôle de complément d’objet… » (Le bon usage, 1975,  § 601, p. 597). Dans un ouvrage plus récent, Jean-Joseph Julaud indique:  « Etant donné que le pronom personnel se fait corps avec ces verbes, leur participe passé s’accorde avec le sujet » (Le français correct pour les nuls, 2004, p. 125). Or, on ne voit pas bien pourquoi, le pronom personnel (qui n’en est pas un) faisant corps avec le verbe, il faudrait que le participe s’accordât avec le sujet.

Julaud donne pour exemple « Elles se sont imaginées des choses ». On notera que la formule ne signifie nullement qu’ « Elles-mêmes seraient imaginées (par des choses?) ». Autrement dit, la règle de l’accord du participe passé ne se ramène nullement ici à celle plus fondamentale concernant l’accord de l’adjectif attribut, et par conséquent elle paraît illogique. « Elles se sont imaginées des choses » n’est rien d’autre que la forme emphatique de « Elles ont imaginé des choses ». Ainsi que le souligne Julaud, choses est bien ici le COD du verbe S’IMAGINER; et comme ce COD est placé après le verbe, il ne devrait pas y avoir d’accord.

Je vérifie dans la Grammaire française du XXIe siècle (Editions Traditions Monastiques, Flavigny-sur-Ozerain, 2008) cette bizarrerie qui me donne le désagréable sentiment de mal comprendre ma langue. L’ouvrage indique bien (§ 104): « Nous nous sommes souvenus de vos conseils » et « Elles se sont aperçues de leur erreur ». Un manuel scolaire comme Conjugaison de Le Robert & Nathan (1995) va dans le même sens avec « Ils se sont souvenus de toi » (p. 48).

Catégories :Chroniques, Grammaire

Apollinaire à Carros / Saltimbanques

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La voix du chanteur peut avoir à matérialiser une musique déjà écrite. C’est le cas pour la musique dite « classique », plus particulièrement encore pour l’opéra. D’autres fois, ailleurs, elle improvise, ce qui signifie qu’elle refait un chemin chaque fois différent, et donc toujours aventureux, en prenant ses repères sur quelques paroles (on ne chante pas pour ne rien dire) et sur quelques accords. C’est le cas pour le blues et pour le flamenco, comme pour l’immense majorité des musiques dites « populaires » à travers le monde et à travers le temps. La musique dite « classique » peut être stupéfiante de beauté, mais la voix humaine n’est jamais si émouvante, si étonnante que lorsqu’elle improvise. J’ajoute qu’il y a toujours une carros2part d’improvisation même dans le chant le plus classique. L’émotion que l’on ressent à écouter Maria Callas chanter l’air de Casta diva ne tient pas seulement à la beauté de la musique (déjà écrite) de Bellini. Elle tient aussi au très faible écart que marque celle qui lui donne sa voix.
Je songeais à cela en redescendant, hier soir, de Carros. Il pleuvait un peu et nous écoutions, dans notre voiture, la voix de Pepe de la Matrona qui fut l’un des maîtres du chant flamenco (un exemple ICI). Avant de partir, quand la séance consacrée aux Saltimbanques d’Apollinaire fut terminée, les animateurs du CAJIP m’ont dit: « C’était bien, mais assez différent de ce que vous aviez fait la dernière fois avec Victor Hugo, et au début de la séance nous ne nous y retrouvions pas… » Leur souci professionnel est de pouvoir faire tourner à leur tour les Moulins à paroles, et d’aider les enfants et leurs familles à les faire tourner eux aussi, après mon départ, pour leur propre compte. Or la manière dont je venais de conduire l’atelier ne correspondait pas tout à fait au modèle observé la première fois. Et je leur ai répondu que leur observation était juste, mais que le Moulin à paroles est un art de l’improvisation.
Cette fois le public était beaucoup plus nombreux, cette fois il pleuvait dehors et j’étais carros3enrhumé, cette fois nous disposions d’une version chantée (par Yves Montand), cette fois c’était Apollinaire et non plus Victor Hugo qui nous entraînait dans son monde.
Quand je commence une séance de M@P, je ne sais pas très bien ce que je vais faire, sur quelle activité je vais insister, sur quelle diapositive je vais mettre le plus d’énergie et sur quelle autre au contraire je vais passer. Le M@P m’offre un support et des repères sur ce support. Le reste dépend de l’air du temps. De l’humeur du moment. Celle du public et la mienne.

Voir aussi:

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Le facilalire de Francis Ribano

Bonjour Christian,
Je consulte très régulièrement ton blogue et j’observe toute l’énergie que tu déploies dans l’animation et pour la diffusion de ton travail et de tes actions dans le cadre de Voix
Haute. Nul doute que le temps donnera écho à la voie (voix) que tu avances. Les outils que tu utilises me paraissent très adaptés au développement du multimédia et je gage que via le tableau interactif et le vidéo projecteur les moulins à paroles vont « tourner ». C’est ce que je souhaite vivement.
Je t’informe par ce message que je viens de mettre en ligne un nouveau site personnel, facilalire, qui présente un procédé de codage pour entraîner au déchiffrage et à la lecture courante. Ce procédé, comme tu le constateras, est basé sur un principe utilisé depuis longtemps déjà dans l’apprentissage de la lecture pour coder les voyelles et les consonnes, principe que tu as employé dans les premiers Moulins à paroles que tu as diffusés. Ce principe, que j’ai appliqué aussi et sur lequel j’ai réfléchi et travaillé longuement, je l’ai avec le temps précisé en y incluant le codage des semi-voyelles ainsi que la juxtaposition de deux voyelles.
J’y ai fait figurer également des indices visuels permettant de distinguer les consonnes ambiguës (c, g, s, t, x) ainsi que les digrammes consonnes constitués de deux lettres différentes (ch, gn, ph, qu, gu).
J’y ai introduit le signalement de la ponctuation qui est un élément essentiel de la langue écrite et qu’il me semble important de mettre en valeur aux yeux des apprentis lecteurs.
Tu auras sur ce sujet beaucoup à dire, j’imagine, avec ton expérience des ateliers Voix
Haute.
J’y ai enfin ajouté la possibilité de faire apparaître au lecteur les marques de liaison obligatoires ou facultatives par le signe utilisé fréquemment par les enseignants dans les classes.
Pour accompagner ce procédé et le rendre facilement exploitable à des fins pédagogiques, j’ai développé un outil de transcodage qui a pour fonction de transformer un écrit ordinaire en écrit codé.
Cet outil est l’élément indispensable à la mise en pratique de ce procédé de manière autonome par les enseignants. J’en poursuis le développement avec des informaticiens pour en optimiser les fonctions ; une diffusion pourrait être envisagée si une demande pour un tel outil se faisait jour. L’avenir le dira …
En résumé:

  • Le procédé facilalire est fondé sur un code visuel de 2 couleurs.
  • Les 2 couleurs indiquent les voyelles et semi-voyelles.

La voyelle est le cœur de la syllabe. Sans voyelle … pas de syllabe….
Le procédé facilalire indique à l’apprenti lecteur: les voyelles, les consonnes, les lettres toujours muettes et la ponctuation.
Le procédé facilalire ne code pas la syllabe! Il donne seulement les indices qui permettent de voir où se situent les voyelles. Il laisse l’élève faire lui même le travail de synthèse et de fusion: voyelles et consonnes.
Il ne fait pas ce travail pour lui… ce travail étant justement ce que l’élève doit apprendre à faire par lui même pour savoir déchiffrer.
facilalire c’est aussi un transcodeur qui permet de convertir un écrit ordinaire en écrit codé à des fins pédagogiques.

  • facilalire aide au déchiffrement syllabique et entraîne à son automatisation.
  • facilalire entraîne à la lecture courante.

Tu accèderas au site en activant le lien: facilalire.
Bonne navigation et merci pour tes remarques et commentaires.
Bien cordialement,
Francis Ribano

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La forme des mots

Les mots ont une forme orale et une forme écrite. Il existe une correspondance étroite entre l’une et l’autre, la forme écrite venant coder la forme orale qui la précède aussi bien dans l’histoire de la langue que dans celle de l’apprentissage qu’en fait chaque locuteur à son tour, et qui lui sert de patron. Cette correspondance n’est pour autant ni simple ni absolue. En effet, les unités de la forme écrite (que sont les lettres) ne correspondent pas toujours aux unités de la forme orale (que sont les phonèmes) — un seul phonème pouvant être codé par une ou plusieurs lettres (formant un graphème), et une lettre (ou un groupe de lettres, le -ent, par ex., à la terminaison de « chantent ») pouvant n’avoir aucun correspondant dans la forme orale du mot (dans quel cas on parle de « lettres muettes »). Tout ceci se trouve développé dans l’article intitulé Apprendre à lire en français, auquel je renvoie ICI.

Je propose à présent 4 fiches de travail qui ont été conçues et expérimentées pour servir de supports à des activités de description comparative des formes orales et écrites des mêmes mots. L’objectif pédagogique est de renforcer la conscience phonologique de l’élève au moment où il s’agit pour lui d’entrer dans la lecture, dans la mesure où l’on considère que cette conscience phonologique constitue un prérequis à l’apprentissage de la lecture, mais dans la mesure aussi où le premier apprentissage de la lecture fournit une occasion et un moyen irremplaçables de renforcer une conscience phonologique en formation.

Ces supports sont donc faits pour être utilisés ordinairement à partir de la grande section de l’école maternelle, puis au CP et au CE1. Grâce à eux, ainsi qu’au syllabaire colorié, l’apprentissage de la lecture s’appuiera sur la conscience phonologique de l’élève au lieu de s’opérer comme si l’activité de lecture concernait une autre langue — prétendue « langue écrite » dont on postule qu’elle serait radicalement distincte de la « langue orale ». L’expérience m’a montré qu’ils peuvent être utilement employés en outre, à tout moment, dans le cadre de dispositifs de soutien, avec des sujets dyslexiques et avec ceux qui, issus de l’immigration, sont amenés à apprendre à lire et à écrire dans un français qui n’est pas leur langue maternelle.

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