La règle énoncée par les livres de grammaire est souvent si compliquée qu’on ne vient pas à bout de la lire et encore moins de la comprendre. Or, dans l’immense majorité des cas, une transformation de la phrase permet de s’y retrouver, c’est-à-dire de savoir si le participe passé doit s’accorder ou ne pas s’accorder avec le pronom complément.
Cette transformation consiste à remplacer l’auxiliaire être par l’auxiliaire avoir. Ainsi nous voyons:
(1) Julie s’est perdue dans la forêt.
Elle a perdu qui? s’ mis pour elle-même, complément d’objet direct (COD) placé avant le verbe. Il y a donc accord.
(2) Elle s’est aperçue dans la glace.
Elle a aperçu qui? s’ mis pour elle-même, COD placé avant le verbe. Il y a donc accord.
(3) Elle s’est aperçu qu’il lui mentait.
Elle a aperçu quoi? Qu’il lui mentait, COD placé après le verbe. Il n’y a donc pas accord.
(4) Longtemps, nous nous sommes écrit.
Nous avons écrit quoi? Pas de COD, donc pas d’accord.
(5) Leurs revendications se sont exprimées.
Leurs revendications ont exprimé quoi? s’ mis pour les revendications, COD placé avant le verbe. Il y a donc accord.
(6) Ils se sont lavé les mains.
Ils ont lavé quoi? Les mains, COD placé après le verbe. Il n’y a donc pas d’accord.
(7) Elle s’est vue applaudir le chanteur.
Elle a vu qui? s’ mis pour elle-même (qui applaudit le chanteur), COD placé avant le verbe. Il y a donc accord.
(8) Elle s’est vu applaudir par le chanteur.
Elle a vu qui? le chanteur (qui l’applaudit), COD placé après le verbe. Il n’y a donc pas d’accord.
Cette règle paraît logique dans la mesure où elle se ramène à celle plus fondamentale concernant l’accord de l’adjectif attribut. “Julie s’est perdue dans la forêt” ne signifie rien d’autre que “Julie est perdue…”. “Leurs revendications se sont exprimées” ne signifie rien d’autre que “Leurs revendications sont exprimées“.
Il en va tout autrement, hélas, avec la règle concernant les pronominaux subjectifs (ou non réfléchis) comme SE SOUVENIR. Grévisse souligne que, dans ce cas, “le pronom conjoint me, te se, etc. – qu’on pourrait appeler censément préfixé ou agglutiné – est comme incorporé au verbe et n’a qu’une valeur emphatique, ou affective, ou vague: il ne joue aucun rôle de complément d’objet…” (Le bon usage, 1975, § 601, p. 597). Dans un ouvrage plus récent, Jean-Joseph Julaud indique: “Etant donné que le pronom personnel se fait corps avec ces verbes, leur participe passé s’accorde avec le sujet” (Le français correct pour les nuls, 2004, p. 125). Or, on ne voit pas bien pourquoi, le pronom personnel (qui n’en est pas un) faisant corps avec le verbe, il faudrait que le participe s’accordât avec le sujet.
Julaud donne pour exemple “Elles se sont imaginées des choses”. On notera que la formule ne signifie nullement qu’ “Elles-mêmes seraient imaginées (par des choses?)”. Autrement dit, la règle de l’accord du participe passé ne se ramène nullement ici à celle plus fondamentale concernant l’accord de l’adjectif attribut, et par conséquent elle paraît illogique. “Elles se sont imaginées des choses” n’est rien d’autre que la forme emphatique de “Elles ont imaginé des choses”. Ainsi que le souligne Julaud, choses est bien ici le COD du verbe S’IMAGINER; et comme ce COD est placé après le verbe, il ne devrait pas y avoir d’accord.
Je vérifie dans la Grammaire française du XXIe siècle (Editions Traditions Monastiques, Flavigny-sur-Ozerain, 2008) cette bizarrerie qui me donne le désagréable sentiment de mal comprendre ma langue. L’ouvrage indique bien (§ 104): “Nous nous sommes souvenus de vos conseils” et “Elles se sont aperçues de leur erreur”. Un manuel scolaire comme Conjugaison de Le Robert & Nathan (1995) va dans le même sens avec “Ils se sont souvenus de toi” (p. 48).
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